Akissi Delta : L’icône autodidacte du cinéma ivoirien 

Akissi Delta : L’icône autodidacte du cinéma ivoirien 

Sans avoir jamais franchi les portes d’une école, elle est devenue l’une des figures les plus puissantes du cinéma en Afrique francophone. Actrice, réalisatrice, productrice… Akissi Delta est bien plus qu’un nom : elle est un symbole vivant de courage, de résilience et de réussite. Portrait d’une femme de scène et de cœur.

Née en 1960 à Dimbokro, en Côte d’Ivoire, sous le nom de Loukou Akissi Delphine, la future star grandit dans une famille modeste, au sein de l’ethnie Baoulé. Orpheline de père très jeune, elle est élevée par sa tante à Abidjan. Très tôt, elle est confrontée à la dureté de la vie. Contrairement à la plupart de ses contemporains dans le monde du cinéma, elle n’a jamais été à l’école. Elle est analphabète, mais refuse de laisser cela freiner son destin.

Pour subvenir à ses besoins, elle enchaîne les petits boulots : aide-ménagère, coiffeuse, danseuse. Elle découvre le monde du spectacle par la danse et la mode. Mais c’est en 1977, grâce à Léonard Groguhet, qu’elle fait ses premiers pas devant la caméra.

Le public la découvre dans « Comment ça va ? », une émission humoristique sur la télévision ivoirienne. Naturelle, spontanée, comique sans le vouloir, Akissi Delta se distingue immédiatement. Elle enchaîne ensuite les rôles dans des films et séries télé, notamment Rue Princesse, Bouka de Roger Gnoan M’Bala, ou encore Marié du net. Son jeu, authentique et sans fioritures, séduit un public de plus en plus large.

Mais ce n’est pas assez pour elle. Derrière la caméra, elle a une vision. Celle de raconter les histoires du quotidien, de la famille, de la société africaine. En 2002, elle fait un pari risqué : produire et réaliser sa propre série.

Avec la série Ma Famille, Akissi Delta entre dans l’histoire. Diffusée d’abord sur la RTI, puis sur plusieurs chaînes africaines et même sur Canal+, la série devient un phénomène culturel. Entre 2002 et 2007, des millions de téléspectateurs suivent les aventures de la famille d’Akissi, à la fois drôles, touchantes, parfois tragiques.

Le secret de ce succès ? Des personnages bien construits, des intrigues réalistes, et surtout une langue ivoirienne vivante et accessible. En s’entourant d’acteurs comme Michel Bohiri, Clémentine Papouet, ou Gohou Michel, Akissi Delta bâtit une équipe soudée et populaire.

Elle poursuit l’aventure avec des suites comme Le Secret d’Akissi et Ma grande famille, consolidant sa place de pionnière de la fiction africaine populaire.

Derrière son franc-parler, Akissi Delta cache une sensibilité immense. Très engagée socialement, elle soutient les jeunes talents et milite pour un cinéma ivoirien plus structuré. Elle utilise sa notoriété pour parler des injustices, des femmes, de la pauvreté, mais aussi pour redonner espoir.

En 2022, elle reçoit le Prix d’Excellence de la CEDEAO, qui salue son immense contribution culturelle. Son parcours est étudié, commenté, salué à travers le continent.

Mais la vie ne lui a jamais offert de répit. En 2023, elle confie avoir perdu une grande partie de ses biens, suite à des litiges fonciers et à des dettes colossales. « J’ai tout perdu », déclare-t-elle dans un témoignage poignant.

Célibataire sans enfant, elle explique qu’elle a trouvé sa famille dans les artistes qui l’entourent. Pour beaucoup, elle est une mère spirituelle, une conseillère, une protectrice. L’acteur Michel Bohiri l’appelle affectueusement maman.

Aujourd’hui encore, Akissi Delta continue de créer, de jouer, de produire. Malgré les épreuves, elle garde la tête haute et le cœur ouvert. Son parcours, sans diplôme mais riche de mille leçons de vie, inspire une génération entière de femmes africaines.

Elle prouve que le talent ne connaît ni l’âge, ni les barrières sociales, ni l’alphabétisation. Ce qu’elle n’a pas appris sur les bancs de l’école, elle l’a appris dans la rue, sur scène, et dans les épreuves de la vie.

Akissi Delta, c’est plus qu’un nom : c’est une leçon de vie, une force, une voix qui résonne dans toute l’Afrique. Son rire, sa détermination, sa sincérité en font une figure immortelle du cinéma ivoirien. Et si son histoire commence sans livre ni cahier, elle est aujourd’hui inscrite en lettres d’or dans le grand livre du patrimoine culturel africain.

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